Publié par Brand Wagenaar le mars 3, 2017

Une petite ferme normande devient un modèle dans le monde entier

Crédits photo : Ferme biologique du Bec Hellouin

FIGARO DEMAIN – La ferme du Bec Hellouin pratique une méthode de production agricole inspirée du fonctionnement de la nature qui séduit de plus en plus les paysans.

Depuis deux ans, des observateurs accourent de toutes les régions de France et du monde entier pour comprendre les secrets de la ferme du Bec Hellouin basée dans l’Eure. Cette exploitation pratique la permaculture, une méthode douce de production inspirée de la nature. Elle vise à cultiver de manière biologique en associant les plantes. «Le principe de la permaculture est de prendre la nature comme modèle. Il s’agit plus d’un système conceptuel que d’une technique agricole au sens propre du terme», précise Charles Hervé-Gruyer, paysan bio, fondateur du site agricole du Bec Hellouin avec sa femme, Perrine. Son exemple a largement contribué à populariser cette méthode de culture.

» Le fonctionnement de la ferme du Bec Hellouin expliquée au micro d’Emmanuel Moreau sur France Inter

Face à ce succès, des formations ont été mises en place pour expliquer ce mode de culture. Elles sont immédiatement prises d’assaut. «Lorsque nous avons mis en ligne notre programme de formation annuel, il a été rempli en une journée. Plus de 800 personnes dont des agriculteurs exploitant en conventionnel sont sur liste d’attente», précise le paysan. Il compte une quinzaine de salariés sur sa ferme dont des ingénieurs et un centre de recherche. Les chambres d’agriculture sont également consultées. Elles constatent une explosion des demandes d’installation en permaculture.

«Lorsque nous avons mis en ligne notre programme de formation annuel, il a été rempli en une journée. Plus de 800 personnes dont des agriculteurs exploitant en conventionnel sont sur liste d’attente»

Charles Hervé-Gruyer

Rien ne prédisposait cette microferme créée en 2003 à faire émerger un nouveau modèle d’agriculture. Perrine et Charles Hervé-Gruyer n’avaient aucune expérience dans le domaine agricole avant de se lancer dans l’aventure. «Notre objectif n’a jamais été de produire beaucoup car nous cultivons manuellement, précise le paysan normand. Notre démarche a été expérimentale. Nous avons appris en faisant et en nous inspirant de ce qui se faisait dans les pays du Sud et aux États-Unis.»

Records de rentabilité

Contre toute attente, leurs méthodes fonctionnent et pulvérisent même des records de rentabilité. De quoi intriguer les acteurs du monde agricole. «On ne nous croyait pas. On nous prenait pour des fous!», s’amuse avec recul Charles Hervé-Gruyer, auteur de Permaculture. Guérir la terre, nourrir les hommes.

Pour convaincre les plus sceptiques, ce dernier a lancé un programme de recherche avec l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). «L’objectif de ce travail a été de vérifier si l’on pouvait rémunérer correctement le travail sur de petites surfaces, grâce à une productivité élevée», indique François Léger, coordinateur du projet pour l’Inra. Après quatre années d’études au sein de cette ferme normande, l’Inra constate que la permaculture est une activité rentable. «Sur 1000 mètres carrés de terrain, les exploitants sont parvenus à produire l’équivalent de 55.000 euros de fruits et légumes avec une rentabilité comparable à celle de 1 hectare en agriculture conventionnelle, mais avec des frais moindres puisque rien n’est mécanisé.» Les revenus n’ont rien à envier aux autres formes de maraîchage. «Le revenu horaire varie de 5,40 à 9,50 euros pour une charge de travail hebdomadaire moyenne de 43 heures», conclut l’Inra.

57 exploitations se sont converties

L’étude montre que le revenu agricole net mensuel correspondant, de 900 à 1570 euros, suivant le niveau d’investissement, «est plus élevé que les autres maraîchers bio». Il atteint en moyenne 740 euros selon une étude du groupement régional des agriculteurs bio de Basse-Normandie.

Adoubée par la communauté scientifique, la success story de la ferme a fait des émules. Pour accompagner ce mouvement à l’échelle nationale, Maxime de Rostolan a ainsi créé le réseau des Fermes d’Avenir. Aux yeux du fervent défenseur de l’agroécologie, «les paysans doivent produire autrement avec plus de bras et moins de pétrole». L’ingénieur devenu maraîcher a répliqué le modèle du Bec Hellouin dans sa microferme de la Bourdaisière, située près de Tours. L’exploitation modèle de 1,4 hectare «devrait faire vivre 3 personnes en année 4. C’est six fois mieux qu’en agriculture conventionnelle», précise l’entrepreneur qui se définit comme un «payculteur». L’objectif de cette expérimentation est aussi de mettre au point une «boîte à outils» pouvant aider les cultivateurs à reproduire le fonctionnement de sa ferme. Parallèlement, les Fermes d’Avenir organisent un concours pour financer des projets agricoles de permaculture. En deux ans, 57 fermes ont ainsi été soutenues dans leur conversion, leur implantation ou la création de projets.

  • Article Le Figaro : Par Mathilde Golla Mis à jour le 27/02/2017 à 15:05 Publié le 27/02/2017 à 06:00

Ecrire un commentaire

This blog is kept spam free by WP-SpamFree.