Publié par Brand Wagenaar le novembre 18, 2018

On arrive aux limites du libre échange pour les fleurs et plantes !

Les flux de production de fleurs et plantes à travers le monde sont en croissance continue d’une année sur l’autre. Oui des producteurs disparaissent, mais en raison des regroupements, les surfaces de production diminuent à peine et la productivité par Ha augmente. Pour écouler ces productions, il faut des marchés stables et c’est loin d’être le cas. « Oui, me direz vous, mais l’on est pas concerné, c’est loin de chez nous… ». Eh bien pas si loin que ça, autant on arrive aux limites d’un libre échange, autant les conséquences d’un changement important sur la planète horticole vont se faire sentir sur nos entreprises de production et nos points de vente. Petit tour d’horizons.

Pendant longtemps, l’idéal était de rendre le commerce de plus en plus facile pour le plus grand nombre de pays possible. Ce système commercial multilatéral, qui avait initialement pour nom le GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), transformé depuis 1995 en Organisation mondiale du commerce, en tant que principal moteur, a commencé à montrer des failles. Certains pays n’en voient plus les avantages. Les États-Unis, par exemple, mais aussi les pays de l’UE sont également sous pression. Qu’est-ce que cela signifie pour le commerce international des fleurs et plantes ?

« Reprendre le contrôle », tel était le slogan de la campagne du Brexit dans la perspective du référendum sur l’UE du 23 juin 2016. De nombreux citoyens britanniques avaient des objections envers l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE. Ils voulaient plus de contrôle sur l’immigration et voulaient pouvoir concevoir leurs propres lois, gouvernées par leur propre justice.

Lors du référendum, 52% de la population britannique a voté en faveur du départ de l’UE. Le Brexit est entré dans les faits. Beaucoup de choses ont déjà été dites et écrites sur le Brexit et c’est actuellement le développement qui a le plus d’impact sur le commerce international des fleurs.

Cependant, il y a d’autres tensions au sein de l’Union européenne. Le dernier exemple en date est l’Italie. Le nouveau gouvernement italien, composé des partis populistes Lega Nord et du Mouvement des cinq étoiles, a présenté un budget qui ne répond pas aux exigences de Bruxelles. La Commission européenne a renvoyé les Italiens à la table de travail.

L’Italie a maintenant trois semaines pour soumettre un budget révisé. Mais, reste à savoir si les Italiens se plieront à la pression de l’UE. « Les Italiens avant tout », a déclaré Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, vice-Premier ministre et chef du parti Lega Nord. « L’Italie ne veut plus être l’esclave de ces règles ridicules ».

Reste en attente

En dehors de l’Union européenne, la Turquie et la Russie sont souvent à l’origine de tensions sporadiques. Ces pays ne semblent pas trop dérangés par les accords internationaux. La Turquie est candidate à l’adhésion à l’UE depuis 1999. Jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi à en être membre à part entière. Il y a eu des périodes de négociations, mais elles ont toujours été suivies d’une période au cours de laquelle les discussions ont été suspendues.

Henk van Ginkel, lobbyiste de la VBN (association néerlandaise des exportateurs de fleurs) confirme la détérioration des relations entre la Turquie et l’UE ces dernières années. Principalement à partir du référendum de 2017 visant à accroître le pouvoir du président turc Erdogan.

Le gouvernement turc a tout essayé dans les différents pays européens pour influencer le «oui» des citoyens turcs de la diaspora. Cela a provoqué de la réticence dans beaucoup de ces pays. Aux Pays-Bas, par exemple, les tensions ont été vives lorsque le gouvernement néerlandais a refusé l’entrée d’un ministre turc dans le pays.

Interdiction d’importation 

La Russie est un autre exemple. Le pays, membre de l’Organisation mondiale du commerce depuis près de sept ans, a toujours utilisé le commerce comme moyen de pression politique. En 2014, ils ont interdit les importations de 28 pays de l’UE, des États-Unis, de l’Australie, du Canada et de la Norvège. Elle s’appliquait à la viande, au poisson, aux légumes, aux fruits et aux produits laitiers.

C’était une contre-mesure contre les pays qui avaient imposé des sanctions à la Russie en raison de la guerre civile qu’ils avaient initiée à l’est de l’Ukraine. Un an plus tard, les Russes ont menacé d’interdire l’importation de fleurs néerlandaises, suggérant que ces produits contenaient des organismes nuisibles.

Il semblerait d’ailleurs que cette menace avait tout à voir avec les efforts des Pays-Bas pour amener le crash du vol MH17 devant un tribunal de l’ONU. Le président russe Vladimir Poutine était fermement opposé à cela. Les Russes n’ont finalement pas interdit les importations, mais ils ont mis en place des contrôles plus stricts aux frontières pour les fleurs néerlandaises. 

Déglobalisation

Mme. Sylvie Mamias, secrétaire générale d’Union Fleurs, souligne que tous ces exemples, tant en Europe qu’en dehors, illustrent bien le retournement de situation en ce qui concerne le libre-échange par la suppression des barrières commerciales et douannières, qui était mis en place sous le leadership d’organisations telles que l’Union européenne et l’Organisation mondiale du commerce depuis des années.

La mondialisation a été le mot clé pendant des décennies, mais nous assistons maintenant à un retournement vers une déglobalisation.

La question est maintenant de savoir comment ce changement va affecter le commerce des plantes et des fleurs. Les effets du Brexit sur ce commerce ne sont pas encore très clairs. L’UE et le Royaume-Uni tentent de s’accorder sur les conditions de leur séparation et semblent s’être mis d’accord sur les conditions de nouvelles relations. Mais les opposants et les nationalistes ne l’entendent pas de cette oreille.

Il y a également un impact sur les pays extérieurs à l’UE, par exemple les pays producteurs de fleurs comme la Colombie, l’Équateur et le Kenya. Ils devront également conclure de nouveaux accords avec le Royaume-Uni. Les nouveaux accords potentiels doivent être approuvés par le parlement britannique. Mais il existe une énorme division entre les partis politiques britanniques et au sein de ceux-ci. Cela crée beaucoup d’incertitude.

La sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait avoir une incidence sur les contrôles phytosanitaires, les redevances et la documentation douanière. Un des effets du Brexit qui est déjà perceptible depuis un moment est le déclin de la livre sterling, qui a eu un impact négatif sur les exportations de plantes et de fleurs vers le Royaume-Uni.

Faiblesse du rouble

Toutes les tensions entre la Russie et l’Occident ont également entraîné une dévaluation du rouble. Cela a eu un impact important sur les exportations de plantes et de fleurs vers la Russie, qui ont connu une baisse spectaculaire pendant quelques années. Les exportations au départ de la Hollande ont été maintenant restaurées. Mais la Russie n’est plus le marché rémunérateur qu’il était.

Le commerce avec la Russie continuera-t-il d’augmenter, cela reste imprévisible, comme toujours. La Russie n’hésitera pas à introduire de nouvelles barrières commerciales opportunistes quand elle voudra. Et les russes disposent d’une arme importante qu’ils peuvent utiliser pour imposer leur volonté à l’Europe occidentale et orientale: le gaz naturel.

Qu’en est-il de la Turquie ?

Les droits d’importation de ce pays sur les plantes et les fleurs sont élevés. Les négociations au niveau de l’UE visant à réduire ces tarifs sont très lentes, selon M. Van Ginkel. La Turquie n’est pas encore un pays significatif d’exportation, comme les Pays-Bas par exemple, mais elle pourrait le devenir. La valeur assez faible de la lire turque n’a pas augmenté depuis un moment, mais l’économie de ce grand pays est en train d’emmerger par une période de croissance lente mais continue. De plus, la population de la Turquie est vaste et jeune, ce qui lui confère un potentiel considérable en tant que marché de distribution de plantes et de fleurs de l’étranger. L’ambition des dirigeants de ce pays est d’atteindre 500 millions de $ d’exportations en 2022.

Amérique centrale

Le comportement fantaisiste et imprévisible du Président Trump n’a pas encore eu d’impact sur le commerce des plantes et des fleurs. Pas directement, en tous cas. Les fleurs d’Amérique du Sud et des Pays-Bas pénètrent toujours aux États-Unis. En fait, les Équatoriens, pour qui les États-Unis sont l’un des plus importants marchés de distribution, espèrent toujours que les Américains élimineront les droits d’importation sur les fleurs équatoriennes avant la fin de l’année. Leur président actuel, Lenín Moreno, s’entend bien mieux avec les États-Unis actuellement que son prédécesseur, Rafael Correa, a récemment déclaré l’organisation Expoflores.

Reste à savoir si les droits d’importation seront effectivement éliminés. Pendant ce temps, les Colombiens, 2èmes producteurs mondiaux de fleurs, font consciemment profil bas. Les États-Unis sont de loin le marché de distribution le plus important pour eux et il n’existe pas, pour le moment, de droit d’importation américain sur les fleurs de Colombie.

Cependant, les Colombiens sont inquiets, maintenant que les États-Unis sont entièrement concentrés sur la protection de leur propre production, et il existe encore quelques belles pépinières de production en Californie, même si ce n’est pas aussi important qu’avant.

Indirectement, la politique de Trump a une incidence sur le commerce des fleurs. Cela affecte le taux de change du dollar américain, qui joue un rôle important dans le commerce des fleurs. Les Colombiens, par exemple, sont payés pour leurs fleurs en dollars et les producteurs kényans paient la plupart de leurs coûts en dollars.

Conclusion

Pour le moment, les effets de la déglobalisation semblent se limiter au Brexit, aux droits de douane turcs inchangés et aux conséquences indirectes des politiques autocentrées de Trump et de Poutine. Cependant, la mondialisation est derrière nous et il ne semble que l’on ne va pas tarder à subir les désagréments de la déglobalisation et du protectionnisme sur les marchés des fleurs et plantes.

Sources contacts et échanges avec : Arie-Frans Middelburg qui travaille depuis 2002 comme rédacteur analyste à l’hebdomadaire professionnel horticole Vakblad voor de Bloemisterij et Floribuisiness. Ces textes portent principalement sur les questions concernant le marché coopératif, les questions logistiques et les développements de l’industrie horticole internationale.

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